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Les Éditions Ichtus

Témoignage · 4 min de lecture

Mon oreille avait entendu parler de toi

Sébastien Barthélémy

J’ai grandi dans une famille croyante.

Pendant près de quarante ans, la foi a accompagné ma vie : du catholicisme au protestantisme, puis hors des formes religieuses. J’ai chanté le Gospel quinze ans, dans plus de cent villes de France. J’avais rencontré Jésus comme mon Sauveur. Je croyais en Lui, je parlais de Lui, je voulais l’emmener partout avec moi.

Mais je n’avais pas compris l’essentiel : ce n’était pas à moi d’emmener Jésus dans ma vie. C’était ma vie qui devait entrer dans la sienne.

En 2002, après la liquidation de l’entreprise de mon père, nous nous lançons ensemble dans l’immobilier. Nous repartons de zéro. Vingt ans plus tard, mon groupe comptera cinquante salariés et plusieurs centaines de millions d’euros de projets.

De l’extérieur, une réussite. À l’intérieur, je savais que ce n’était pas celle que j’attendais. J’étais devenu l’esclave de ce que j’avais construit : réussir, rassurer, payer, recommencer. Toujours celui qui trouve la solution. Mon corps a fini par en payer le prix.

En mars 2020, le Covid arrête la machine. Chantiers figés, investisseurs inquiets, banques méfiantes. Je me retrouve avec 125 procédures judiciaires. Je me bats avec mes propres forces, fier de « ne jamais rien lâcher ». Chaque fois que je tombe, je me relève au même endroit, dans mon esclavage doré.

En décembre 2022, un accord majeur avec un groupe important doit enfin tout relancer. La solution était enfin là, un contrat de 700 millions d’euros qui serait mon secours ! Quelques jours avant la signature, une lettre anonyme diffamatoire part à quarante et un destinataires. Son auteur ? Un ami que j’avais embauché pour l’aider.

En quelques heures, tout s’effondre. La signature n’aura jamais lieu, les banques et investisseurs me tournent le dos et tout s’effondre à nouveau. Pendant des années, je porte une pression que je ne sais plus porter, jusqu’à penser à tout arrêter. Même ma vie.

C’est là que mon histoire avec Dieu a basculé. Quand toutes les solutions disparaissent, une seule question reste : qui suis-je quand je ne peux plus me sauver moi-même ?

J’avais demandé à Jésus de bénir mes projets et de réparer mes erreurs. Mais c’est moi qui conduisais. Je voulais que Dieu joue dans mon film. Je vivais déjà dans le sien.

Un week-end, au bout de moi-même, j’ai tout coupé. Plus de téléphone, plus de dossiers. Ma Bible, Dieu et moi. Et pour la première fois, plus rien à Lui cacher : mes colères, mes fautes, ces zones que je dissimulais si bien aux hommes, je lui ai tout avoué même si je comprenais bien qu’il avait été dans chaque moment à mes côtés, silencieux à mon égard mais aux commandes de tout, et particulièrement de ce que j’appelais injustice.

C’est là que j’ai rencontré Christ. Pas le Jésus des sermons, des chants ou des religions, mais Christ vivant : sa présence, sa Parole, sa Vérité.

Je m’attendais à un juge. J’ai trouvé un Sauveur. Il ne m’a pas condamné : Il m’a montré ce qui était en moi, pour me libérer. Comme Job, je pouvais dire : « Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t’a vu. »

J’en suis ressorti en larmes et en rires mêlés. Les dettes et les procès étaient toujours là. Mais je n’étais plus prisonnier.

J’avais voulu être mon propre sauveur : rétablir mon nom, obtenir justice, sauver mon entreprise, et au fond mon image. Je lisais mon parcours comme une injustice alors que c’était la grâce de Dieu, qui me montrait mon péché pour me ramener à Lui. Tout prenait sens du moment où je ne regardais plus les situations vis-à-vis de moi, mais depuis LUI.

Alors a commencé le pardon. J’ai abandonné les poursuites contre l’auteur de la lettre. Les faits étaient établis, mais je ne voulais plus que l’injustice possède mon cœur. J’ai aussi demandé pardon à mes salariés et autour de moi, y compris à mes ennemis.

Puis Dieu a retourné la lumière vers moi. Moi aussi, j’avais blessé et jugé. J’avais fait de l’entreprise une religion, et quand je faisais n’importe quoi, j’appelais Jésus pour laver mon linge sale dans son sang. Comme si la croix servait à réparer mes constructions. Je lui ai demandé pardon de l’avoir si souvent blessé et remis sur la croix.

Christ n’est pas venu réparer ma vie. Il est venu donner sa Vie pour que je puisse passer de la loi de la mort à la loi de la Vie et ne voir plus que Lui. Ainsi, chaque tache sur ma vie n’est que grâce pour me montrer comment marcher selon Christ.

Ce que je voulais absolument sauver devait s’effondrer pour que je découvre Celui qui me sauvait depuis le commencement. Aujourd’hui, une conviction résume ma foi :

Dieu fait tout, et tout ce qu’Il fait est bon.

De cette transformation est née l’écriture. D’abord En attendant, pour raconter. Puis, avec Éric, mon beau-frère, les livres qui ont suivi : qu’est-ce que la foi ? Comment discerner la vérité du mensonge ? Comment la chair laisse-t-elle place à l’Esprit ? Le corps de Christ et non l’église. Je ne transmets pas une religion de plus. Je témoigne d’une relation vivante.

Mon entreprise existe toujours, mais les combats sont en réalité des panneaux indicateurs qui me montrent comment mieux ressembler à Christ. Mais elle n’est plus mon identité ni mon dieu. Elle appartient à Dieu. Il s’en sert pour construire quelque chose en moi, et pour que ceux qui m’entourent voient, au-delà de Sébastien, son œuvre patiente dans la vie d’un homme.

Je croyais attendre ma vie, mais depuis le commencement, c’était Jésus-Christ qui m’attendait et préparait tout parfaitement pour que mon œil le voit !

Sébastien Barthélémy

« Il fait toute chose bonne en son temps ; même il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir l’œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin. »
Ecclésiaste 3:11 · Louis Segond 1910